Hommage de Maxime Camuzat, Maire de Saint Germain du Puy, aux obsèques de Micky MALLET à La Borne, mardi 16 juin 2015.

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Nous sommes ici rassemblés pour lui dire un dernier « au revoir », en accompagnant ses proches, auxquels je présente, en mon nom personnel et au nom de mon épouse, mes condoléances attristées.
Bien sûr, nous savions que Micky avait des ennuis de santé, et que hélas, cela semblait s’accélérer, ce qui obligea ses proches à la placer à l’EHPAD d’Henrichemont il y a peu de temps, n’ayant pas les moyens de la suivre au quotidien dans sa petite maison et son jardin proches d’ici.



Micky était née en 1938 à Cagnes-sur-Mer, dans les Alpes Maritimes.
Après des études d’arts plastiques, et la fréquentation de « l’atelier Charpentier » et des « Arts Décoratifs » à Paris, elle « était descendue » dans notre Berry.
Ayant été aux côtés de Jacqueline et Jean Lerat, céramistes bien connus ici, et qui lui avaient sûrement fait connaître ce petit village, elle s’était alors inscrite aux « Beaux Arts » de Bourges en élève libre.
Micky a présenté de nombreuses expositions et obtenu plusieurs prix. Sur internet, vous en trouvez une liste impressionnante,. Vous trouvez également des articles de presse, des écrits la concernant, ainsi que des interventions dans les médias, depuis la fin des « années 80 ».
Dans notre département, deux expositions ont plus particulièrement marqué : celle effectuée à la Maison de la Culture de Bourges en 1991, et celle présentée à l’Abbaye de Noirlac, à l’automne 2005.
J’ai découvert Micky Mallet à l’occasion de cette dernière, où j’ai eu l’honneur de devoir prendre la parole lors du vernissage de l’exposition, en tant que Président de la Société d’Économie Mixte qui gérait alors l’Abbaye, et qui dépendait du Conseil Général du Cher dont j’étais devenu le 1er Vice — président l’année précédente.
J’avais été impressionné par ce que j’avais découvert, et l’intervention que j’avais alors faite, avait manifestement plu à Micky, qui m’avait ensuite adressé un petit mot de remerciement fort agréable, en souhaitant que l’on puisse se revoir rapidement, si « j’en étais d’accord, mon épouse avec qui elle avait également conversé, et moi-même ».
Cela avait visiblement marqué Micky, car, voici trois mois seulement, elle avait fait « une petite promenade » à Noirlac en compagnie de Laurence de Sainte Croix, ainsi qu’elle l’avait indiqué sur une très belle carte postale qu’elles nous avaient adressée, avec toute son émotion et son amitié.

Nous nous sommes revus rapidement, et, à notre grande surprise, bien que nous avions eu des vies complètement différentes, une véritable osmose était apparue entre nous : une vraie amitié, pour ne pas dire complicité, comme si nous nous étions connus toute notre vie.
De plus, nous venions la voir à « La Borne », ce petit village qu’elle aimait tant, et qui pour moi avait une valeur particulière, pour les raisons que bien d’entre nous ici connaissent…
Micky continuait alors son beau parcours d’artiste, comme en témoigne, par exemple, l’invitation qu’elle nous avait adressée pour une exposition à Paris à l’automne 2006.
Ces derniers temps, la dégradation de son état de santé nous avait obligé à l’aider plus concrètement dans certaines difficultés que cela induisait, ses proches, que je salue et remercie de nouveau, s’étant eux même fortement impliqués.
Et voilà qu’en ce jour de printemps, lundi matin (le 8 juin), elle nous a quitté, après être revenue passer le samedi dans sa petite maison et son jardin qu’elle aimait tant.



Micky Mallet s’inscrit dans l’histoire de notre culture, et dans le patrimoine des générations à venir, car sa vision, sa perception des couleurs non tamisées, permettent à chacun d’entre nous une sorte de rêve éveillé, faisant apparaître de nouvelles réalités.
Comme l’avait écrit Micky dans un texte daté du 8 février 2005.
« Peintre je suis. La nécessité du silence, l’économie du geste pour apprendre à voir, la surprise permanente de la peinture, là où la forme se griffe, se fait, se défait tout aussi vite, pas toujours comme je le voudrais… et se vivifie de l’esprit retrouvé. Je nourris celle-ci de glacis, de valeurs que je veux à la retombée des lumières, dans l’incandescence des rouges mêlés d’or, opposés aux bruns jaunes, aux bleus profonds et assortis ».
De nouvelles perceptions, ou de nouvelles sensations, qui vagabondent dans notre imaginaire, permettant de nouvelles façons de voir notre monde réel, c’est-à-dire « ces merveilles jamais closes qui s’offrent et s’exposent à nous à perte de vue, du tout proche, au lointain, des choses familières à celles que nous apercevons quelques fois, dans ce monde si perturbé », comme l’a dit une journaliste spécialisée en culture voici quelques années déjà.



Au revoir, Micky. Tu nous quittes.
Bien sûr, nous savons tous et toutes que notre vie d’être humain n’est, comme l’a écrit un grand poète, Aragon, « qu’une saison d’homme entre deux marées : cela va, et revient, et s’arrête, quand la marée, elle, continue éternellement… ».
Oui, au revoir.
Dans une superbe chanson, Jean Ferrat, qui a repris beaucoup de textes du poète que je viens de citer, disait :
« Tu aurais pu attendre un peu, pour notre bonheur et notre lumière,
Avec ton sourire, avec tes yeux clairs,
Ton esprit ouvert, ton air généreux,
Tu aurais pu vivre encore un peu. Aujourd’hui sans toi, comment va-t-on faire ? Oui, tu aurais pu attendre encore un peu »….

Quand je penserai à toi, à ce qui a fondé notre si étonnante, mais si grande amitié, c’est tout cela qui me reviendra sans cesse.
Cela me permettra aussi de continuer à travailler sans relâche à la construction d’une société plus respectueuse des personnes humaines, permettant sans cesse l’éclosion et le renouvellement de talents tels que le tien.
L’important, en fin de compte, c’est d’arriver à montrer que du terrain vivant de notre terre de France, terrain que tu connaissais si bien, surgiront toujours des hommes et des femmes qui pourront, à leur tour, ouvrir des voies nouvelles dans la culture et les arts que la France offre aux habitants de notre planète depuis des siècles.
Et ici, à la Borne, que l’on soit, ou que l’on ait été, peintre, céramiste, ou, comme toi, les deux, chacun sait ici ce que veut dire ce formidable défi, et ce qui en découle au quotidien.
En leur nom, de tous et de toutes, au nom de celles et ceux, que j’ai l’honneur de représenter ici, notamment au nom des habitants de ma commune à qui tu as fait le formidable cadeau de l’ensemble de ton œuvre, et, permettez-moi d’ajouter en nom nom personnel, de mon épouse et de ma famille, au revoir Micky.
Oui, « tu aurais pu attendre encore un peu ». Tu nous manques déjà.


Maxime Camuzat 16 juin 2015